Société
Un parc pour les habitant·e·s
Le Parc naturel Biosfera Val Müstair s’étend sur l’ensemble du territoire de la commune grisonne de Val Müstair. C’est un petit paradis de quelque 1400 habitant·e·s, où la nature est restée intacte et les traditions anciennes bien vivantes. Mais l’exode rural, le vieillissement démographique et la perte d’emplois constituent des menaces insidieuses. Le Parc naturel Biosfera Val Müstair s’engage depuis des années pour préserver et assurer l’avenir de ce lieu de vie. Dans cet environnement exigeant, ce n’est pas la nature qui est au centre des préoccupations, mais bien l’être humain.
Maya Repele
Le Parc naturel Biosfera Val Müstair recouvre tout le périmètre de la commune grisonne du même nom. Il se situe à l’extrémité orientale de la Suisse, bénéficiant des premiers rayons du soleil levant sur notre pays. Depuis la Suisse, le Val Müstair n’est accessible que par le col de l’Ofen. Le trajet depuis l’Engadine, à travers le parc national sauvage, est sinueux, impressionnant et magnifique. Depuis le sommet du col de l’Ofen (2149 mètres d’altitude), la seule route cantonale descend d’environ 900 mètres jusqu’à Müstair. À la sortie du village – célèbre pour son abbaye de Saint-Jean inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO – se trouvent la douane et la frontière avec l’Italie. Quelque 1400 personnes habitent cette vallée idyllique. La nature y est préservée, la biodiversité remarquable, la quasi-totalité des exploitations agricoles sont biologiques et la pollution lumineuse si faible qu’il est difficile de ne pas contempler longuement, par beau temps, l’étonnant ciel étoilé.
L’économie locale repose sur l’agriculture, l’artisanat et surtout sur le tourisme, qui génère près de 50 % de la valeur ajoutée. L’été domine dans cette vallée au climat sec et relativement doux (comparé à l’Engadine voisine). On y randonne ou pédale au rythme des sonnailles et, avec un peu de chance, au son d’un cor des Alpes. Un petit paradis.
Exode rural et population vieillissante
Comme souvent, l’envers du décor est moins idyllique. La vallée est touchée par l’exode (notamment des jeunes) et le vieillissement de sa population, à l’instar d’autres régions montagneuses et périphériques. Selon le service de l’économie du canton des Grisons, la population résidente permanente a chuté de 7,8 % entre 2012 et 2022 – l’une des baisses les plus marquées du canton. Le taux de vieillissement (rapport entre les 65 ans et plus, et les 20 à 64 ans) a fortement progressé depuis les années 2000 pour atteindre 44 %, un chiffre élevé. Cette tendance se poursuit. À titre de comparaison : la Suisse a un taux de vieillissement de 31 %, les Grisons, de 37 %.
Les conséquences de l’exode (des jeunes) et des changements démographiques sont multiples et bien visibles au quotidien : la taille des classes diminue dans les écoles, des entreprises sont contraintes de fermer faute de relève, des places de travail disparaissent, et de plus en plus de postes ne peuvent être pourvus qu’en faisant appel à une main d’œuvre frontalière. Ces maux affaiblissent l’économie locale et entraîne un recul de l’infrastructure et de l’offre de services. Conséquence logique : les jeunes sont d’autant plus incité·e·s à chercher formation, emploi et avenir ailleurs. La qualité de vie diminue lentement, imperceptiblement, mais sûrement. Un cercle vicieux.
Vision et créativité sont indispensables
Arrêter, voire inverser, cette évolution risquée relève du travail d’Hercule. Pour y parvenir, il faut une vision et de la créativité, mais aussi, condition sine qua non, une prise de conscience et une compréhension des enjeux. Encore faut-il – et c’est là le nœud du problème – voir la réalité en face et faire preuve d’ouverture d’esprit, pour ne pas détourner le regard. C’est la seule manière de faire prévaloir l’optimisme et d’enclencher la dynamique nécessaire. Davantage que les centres urbains, une vallée isolée doit innover et prospérer pour rester un lieu où il fait bon vivre. Toutes celles et ceux qui le peuvent ont le devoir solidaire de lutter contre l’exode rural – y compris le parc naturel. L’indifférence serait dangereuse.
Depuis sa création en 2010, le parc œuvre à cette mission vitale pour la communauté, conformément à la Loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN) et à l’Ordonnance sur les parcs d’importance nationale (OParcs). Il initie et soutient des projets, coordonne les actrices et acteurs, apporte de nouvelles perspectives et soulève des questions critiques. Parfois polarisant, le parc pousse à réfléchir à deux ou trois fois – et c’est tant mieux ! Il permet également d’obtenir de précieuses aides financières de départ, grâce aux fonds de la Confédération, du canton et des communes. Cet engagement est essentiel et mérite d’être pleinement reconnu.
On peut toutefois s’interroger sur la pertinence du nom « parc naturel ». La nature, cette précieuse ressource qu’il faut protéger, y est bien présente, mais l’humain et la société n’y sont guère évoqués, tout comme la construction d’un avenir durable – qui devrait pourtant être au cœur de tous les efforts. Un changement de nom pour « parc d’habitat » ou « parc d’avenir », pourrait renforcer ce message. Voici mon favori, qui marque clairement la vocation du lieu tout en y insufflant une dynamique nouvelle : le Parc de l’avenir Biosfera Val Müstair.
Maya Repele
MBA, présidente du Conseil de fondation et directrice générale, Fondation Handweberei Tessanda Val Müstair




